
Son grand-père était photographe, et il vendait des appareils photos ou les premières caméras. Le photographe Max (ses sites Internet, ICI et LÀ), qui définit sa passion comme une activité artistique "de loisir", a pourtant appris son "voyeurisme créatif" en regardant travailler son père. Qui lui offre à 20 ans, son premier Canon. S'ensuit de longues années de pratique, plus ou moins intenses. En noir et blanc essentiellement, puis en diapos couleur, que Max développe dans le club photo de sa ville. Puis il découvre le numérique, et la passion du nu féminin qu'il affine toujours, avec quelques copines étudiantes qui acceptent de lui servir de modèles. Son univers sensuel s'applique à magnifier la femme, ou les gestes complices de couples. Interview à quatre mains.
D'après vous alors, est-il plus difficile d'immortaliser le corps féminin que le corps masculin, et pourquoi ?
Comment et pourquoi alors choisissez-vous les thèmes des photos qui se prêtent au noir et blanc ou/et à la couleur ?
Quand vous mettez en scène vos photos, le faites-vous avec un regard d'homme, ou tenez-vous compte du regard des éventuelles spectatrices féminines ?
Vous avez hérité de la passion photographique par votre père, et rôdé vos premiers pas de photographe au gré de vos inspirations. Qu'est-ce qui vous a poussé vers la photo de nu ?
"Après une longue période consacrée aux paysages et aux photos sportives, notamment en montagne, il me semblait un peu avoir fait le tour de la question. J'avais envie de faire quelque chose de très différent, de plus intime, de plus construit. Le nu, c'est la sensualité à l'état pur. Quelque soit le corps, féminin, masculin, c'est au photographe de travailler sa lumière, la posture, le cadrage et à magnifier la beauté originelle de chacun d'entre-nous : bref, un vrai travail de metteur en scène finalement !".
"La photo demeure un loisir pour moi, elle ne saurait me nourrir ! Je suis donc dans l'obligation de consacrer le plus clair de mon temps à une activité professionnelle bien différente. Ce qui ne m'empêche pas, de temps à autre, de trouver l'occasion de concilier les deux un peu par hasard."
Vous dissociez rarement le corps de la femme de la lingerie féminine, en jouant sur des poses et gestes intimes, voire la sensualité des courbes : pourquoi ce choix plus particulièrement ?
"Il me semble que la dentelle est un très beau faire-valoir pour le corps des femmes, non ?! Le moment le plus beau et le plus fort en amour n'est-il pas celui qui précède la découverte du corps de l'autre ? Peut-être est-ce aussi en hommage à une très ancienne compagne, particulièrement friande de frous-frous et qui aurait ainsi forgé mon inconscient artistique... Qui sait..."
Qu'est-ce qui vous a incité à prendre des photos intimes en couple, et pourquoi ?
"La plupart des couples qui acceptent d'être photographiés dans le plus simple appareil ne souhaitent pas dévoiler leur visage. C'est bien dommage car on comprendrait alors tout l'intérêt de ces images. Combien de fois m'a-t-on dit : je n'avais jamais vu à quel point il (elle) me regarde avec passion et amour !".
D'après vous alors, est-il plus difficile d'immortaliser le corps féminin que le corps masculin, et pourquoi ?"Pour ma part et sans conteste, j'ai nettement plus de mal à mettre en scène un corps masculin. Est-ce dû à une hétérosexualité trop marquée ou à une certaine pudeur à l'égard de mes congénères ? La seule fois où j'ai pu prendre de belles images de nus masculins, c'était pour un calendrier parodiant le fameux "Dieux du stade". Nous avions beaucoup ri et fort bien travaillé !".
Pensez-vous réaliser aussi des clichés de nu féminin intégral, d'autant plus difficile à mettre en scène que sans "artifices vestimentaires" ?
"Oui, bien entendu. J'en ai fait mais qui ne sont pas encore publiés : ce sera pour bientôt ! J'aime beaucoup les gros plans, non pas de sexe bien entendu, mais de bras, de cuisses, de mains, et de pieds qui s'entremêlent et donnent un peu le tournis."
Vos photos sont exclusivement réalisées en noir et blanc, il y a une raison artistique plus personnelle à cela ?
"Tout d'abord, ma formation s'est faite en argentique. On ne renie pas si facilement ses origines ! Le noir et blanc me semble aussi le plus apte à restituer toute la sensualité d'une peau, d'un corps. Mais regardez-bien sur mes sites Internet, il y a aussi deux séries en couleur."
Comment et pourquoi alors choisissez-vous les thèmes des photos qui se prêtent au noir et blanc ou/et à la couleur ?"La couleur doit être un choix lié à l'éclairage. Dans la série "Captive", il me semblait que la maille du filet n'aurait pas rendu tous ses effets en bichromie."
Est-ce juste un choix esthétique, ou cela relève-t-il aussi des impressions de l'instant, d'un message artistique, voire d'un rendu que vous voulez faire passer auprès du public ?
"Oui, il s'agit bien d'un choix artistique et d'un rendu qui me convient. Dans la photo de nu, il est parfois difficile de savoir sur quelle frontière on se trouve : glamour ? Sensuel ? Érotique ? Pornographique ? Le noir et blanc est aussi une façon d'être très clair et de trancher le débat : aussi crue que soit l'image, ce n'est pas du porno que je veux montrer."
Quand vous mettez en scène vos photos, le faites-vous avec un regard d'homme, ou tenez-vous compte du regard des éventuelles spectatrices féminines ?"Je ne suis pas trop dirigiste. J'adore que le modèle fasse passer ses propres messages. En tant que femme, elle saura toucher les hommes, mais aussi ses amies (à qui elle montre toujours ses photos !). Ce n'est pas toujours facile pour des modèles amateurs, dont c'est parfois la première séance, de livrer ses émotions ou ses désirs à un inconnu qui "observe", je le comprends bien. Mais je suis persuadé qu'une posture ou un regard naturellement proposé passe mieux et touche plus le spectateur."
Comment trouvez-vous vos modèles, et tenez-vous compte de leurs avis, voire de leurs exigences ?
"Le plus difficile c'est le démarrage. À ce niveau, c'est le règne de la débrouille. D'abord les amis, puis les amis d'amis, etc. C'est un peu le même problème que celui du premier roman pour un écrivain ! Une fois cette étape réalisée, le bouche à oreille fonctionne assez bien et les ami(e)s des ami(e)s ou les visiteurs du site se portent assez vite volontaires !".
Qu'est-ce qui vous inspire chez la femme, généralement renforcée par la singularité de ses charmes, des poses suggestives et/ou des accessoires ?
"Sa grâce. À moi de la débusquer, parfois de façon inattendue. Aucun corps n'est parfait, mais doit-il l'être pour être beau ? C'est mon challenge d'en magnifier la beauté."
"L'émotion : la sensualité d'un creux, la générosité d'une courbe, la pudeur d'un voile ou l'abandon d'une main. Je viens de terminer une séquence pour une jeune mariée (en tenue), dans ce registre, le résultat est superbe."
Quelle est pour vous la plus grande difficulté dans la réalisation de photos de nus féminins ?
"La confiance. Sans la confiance (du modèle envers le photographe), il est bien difficile de faire de vraies belles images. Par chance, il est fréquent qu'elle me soit accordée ! Pour cela, une première rencontre autour d'un café est toujours indispensable."
Vous constituez un nouveau site, exposez-vous, ou avez-vous des projets pour faire connaître votre travail ?
"J'héberge pour l'instant mes pages sur un site dédié à la photo. Je réfléchis cependant à la fabrication d'un vrai site personnel. Mais quel travail de titan pour un amateur ! Si vous connaissez des bénévoles prêts à donner un coup de main, ils sont les bienvenus ! À moi ensuite de communiquer pour le faire connaître."
À vrai dire Max en tant que photographe amateur a attiré mon attention dès que nous nous sommes croisés sur la toile par blogs interposés, il y a déjà plus d'un an. J'avais découvert ses photos en ligne et j'ai suivi l'enrichissement de sa galerie au cours des mois.
Première impression très forte dont je me souviens : le noir et blanc lui va bien. Il sait en jouer avec talent et le charme de la photo sensuelle enrichie de ce regard en bichromie est incontestable. J'aime la mise en valeur de l'accessoire féminin et du frou-frou par ce choix. C'est bien de l'érotisme raffiné qui se dégage des clichés de Max, loin des nus uniformes et semblables qui peuplent de nombreux books.
Deuxième impression qui m'a très vite séduite : mettre si bien en valeur la sensualité des couples. Au-delà du nu féminin unique, Max a pris le pari de refléter également l'érotisme à deux. Ainsi, c'est un plaisir de voir un homme et une femme qui parlent avec leurs corps et leurs gestes, et qui nous permettent de saisir l'essence de la volupté dans des clichés évocateurs de scènes que nous aimons tant dans nos vies.
En fait, quand je regarde les galeries de Max, je me sens concernée par ses thèmes photographiques : il y a la proximité avec ses modèles qu'il met en valeur, et en même temps je suis captée par la délicatesse et l'élégance de l'érotisme dont il veut nous parler, comme celles qui caractérisent les photographes professionnels, mais dont la distance froide des images découragent parfois de toute sensation émotive. Max lui réussit cette subtilité : associer dans l'image l'approche intime avec le spectateur et la classe sensuelle.
Armandie.









La frontière entre le nu artistique, et parfois une demande de nu plus érotique, voire pornographique, est-elle toujours facile à gérer pour un modèle ?











