Au grand dam des puristes, l’érotisme est trop souvent confondu avec la pornographie… En littérature ou en poésie aussi, parfois, où l’art et la force des mots érotiques sublimés sont essentiellement utilisés pour célébrer l’amour ou le plaisir. Un petit événement littéraire le prouve avec bonheur, puisque "La poésie érotique, Anthologie" de Marcel Béalu (1908-1993), vient d’être réédité aux Éditions Seghers (432 pages). Plus sulfureuse qu’une anthologie de poésie amoureuse, ces textes choisis de Marcel Béalu convient les amateurs à six siècles de poésie érotique. Érotisme, grivoiserie, libertinage ou pornographie, peu importe les mots : cet ouvrage, dont une première version fut autrefois censurée, transporte dans l’âme amoureuse des poètes ou des écrivains, dans leurs jardins les plus secrets, et dans le paradis des amours prohibées : "Aimer sans foutre est peu de chose, Foutre sans aimer ce n'est rien." Ces quelques mots résument bien l’esprit de l’inspiration sensuelle de la centaine de poètes qui se succèdent dans ce livre : "Des textes de Guillaume Coquillart (XVe siècle) aux poèmes de la seconde moitié du XXe siècle, on retrouve notamment Clément Marot et ses dizains licencieux, Claude Le Petit et ses vers impurs – brûlé vif en place de Grève à vingt-trois ans –, La Fontaine et les facéties grivoises mais encore d’innombrables blasons du corps féminin, des poètes de boudoir du XVIIIe siècle, les textes d’une obscénité débridée de Théophile Gautier, la poésie libre de Verlaine et Apollinaire, le lyrisme noir du surréalisme ou le chant de femme amoureuse de Joyce Mansour", résume l’éditeur. Dans cet ouvrage publié pour la première fois en 1971, Marcel Béalu nous emmène dans l’enfer des bibliothèques, sans risque comme il y a quelques siècles, de finir pour érotisme sur le bûcher, au même titre que la sorcellerie.Marcel Béalu est né dans une famille de petits commerçants. Après une enfance pauvre à Saumur (France), où il découvre la littérature en autodidacte, il est chapelier à Montargis, près de Paris. Il commence alors à écrire, encouragé par sa femme, Marguerite Kessel, puis par Max Jacob. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il collabore à la revue Poésie de Pierre Seghers. Jusqu’à sa mort, la librairie qu’il dirige à Paris, Le Pont traversé, sera le lieu de rendez-vous de bien des poètes.
Mais savez-vous que c’est plus ou moins au XIIe siècle qu'apparaît "l'Amour courtois" ? L'Europe est alors dominée par les interdits du christianisme, et chevaliers, troubadours, et autres poètes célèbrent la femme et évoquent parfois avec une grande pudeur la sexualité. C’est aussi le début des sous-entendus et des mots couverts qui découvrent les sentiments, comme le feront toujours les poètes avec des mots sublimes ou plus "lestes".
Exemple d’évocation charnelle parmi d’autres : Paul Verlaine, dans Chansons pour elle, et autres poèmes érotiques, alors qu’il se reconsole en souvenirs voluptueux jetés sur le papier de ses amours passées. Extrait : "Es-tu brune ou blonde ?""Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n'en sais rien mais j'aime leur clarté profonde,
Mais j'adore le désordre de tes cheveux.
Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton coeur ?
Je n'en sais rien mais je rends grâce à la nature
D'avoir fait de ton coeur mon maître et mon vainqueur.
Fidèle, infidèle ?
Qu'est-ce que ça fait,
Au fait
Puisque toujours dispose à couronner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait."
Sous la Renaissance, la littérature érotique devient immorale, subversive et représente une transgression. Elle circule malgré tout de façon illégale avant de retrouver une certaine liberté à l'ère du libertinage. Diderot écrira ainsi Les Bijoux indiscrets (1748) et s'oppose à l'Église en réconciliant l'âme et le corps. Dans Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, séduction, machiavélisme, sexe et amours multiples sont déclinés avant l’heure. Une autre grande figure marquante de la littérature "érotique" est sans conteste le marquis de Sade, qui voit en la femme un simple jouet sexuel à mépriser (Justine ou les Malheurs de la Vertu, 1797). Au XIXe siècle, la sexualité balance encore quelque peu entre fascination et répulsion, avant de se libérer définitivement au XXe siècle.
Illustration du texte : photo B. de Lorme (reproduction interdite).

19 commentaires:
pour Montargis, c'est à une heure de Paris, à l'est ... je le sais, j'y suis allée au lycée ...
pour l'anthologie, j'aime beaucoup l'extrait que tu as mis ... et j'aime beaucoup les auteurs qui ont osé s'essayer à cette littérature ...
bisous émoustillés
Ohhh, un Boudoir...
Je sens que je vais me plaire ici !
ce qu'il y a de bien avec les mots,c'est qu'on ne connait pas leurs limites.Erotisme ou pornographie,bien ou mal,blanc ou noir ? Comme un gateau dans lequel tu découpes successivement les tranches,...A quel moment je bascule ?
en plus pour compliquer le tout,tout dépend du temps.A une époque ceque tu représentes est de l'érotisme,un peu plus tard ce sera de la pornographie.
la perception des choses est bien en rapport avec le contexte dans lequel on vit .
Superbe de parler de poésie érotique et de faire découvrir ce livre. Je ne connais pas mais il va rejoindre ma bibliothèque car j'affectionne les anthologies qui plus est de poésie érotique.
Plein de doux baisers
Armandie
@ Cat : merci Cat, Verlaine allait très bien aussi avec la pose très poètique de B. de Lorme, et le tout s'est voulu un ornement pour l'article sur la réédition de ce livre et la poésie érotique.
@ Sars : revenez quand vous voulez...
@ Coralie : tu as bien raison Coralie ! Que classer dans l'érotisme et la pornographie ? Je suis de ceux qui pensent que là encore les mots n'en vraiment de sens, sans rejet de l'un ou de l'autre, que si l'on exclut sans tabous toute vulgarité... Après, si les mots expriment une vérité même crue sans vulgarité, où est le mal ?
@ Armandie : alors nous sommes un certian nombre ici, et ailleurs, à l'aimer !
Baisers libertins à toutes.
SOLANGE ET PATRICK VOUS SOUHAITE DE BONNES FETES DE NOEL DANS LA BONNE HUMEUR ET LE PLAISIR
NOUS VOUS REMERCIONS POUR LES VISITES DU SITE: http://freeriders.over-blog.net
ANSI QUE TOUS VOS GENTILS COMMENTAIRES
GROSSES BISES
SOSO & PAT
J'aime le : ...sans risque de finir pour érotisme sur le bûcher, au même titre que la sorcellerie...
Ca me choque toujours autant, pour ne pas dire que ça me fait hurler !
Gardons précieusement notre liberté d'expression. C'est bien que ce livre soit réédité.
Quel douce surprise que de me découvrir au milieu de ces auteurs sulfureux...Merci à vous cher Valmont...pour tout...sourire
@ So et Pat : Merci à tous les deux de votre fidélité, bonnes fêtes de Noël à vous ici... Bises libertines.
@ Claire : tu as raison, c'est une belle idée de réédition, et nous aurions sûrement fini nous aussi sur le bûcher... Sauf à défendre chèrement notre peau...
Bises libertines.
@ B. de Lorme : ma chère, votre beauté aussi pudique que sensuelle comme celle de E. Amrita, pour illustrer de belles choses, n'est pas seulement un précieux cadeau que vous m'(nous)offrez, mais un "pléonasme" artistique.
Bises libertines.
" Parlez moi d'amour ..." chantait en son temps Lucienne Boyer.
Quand bien même la femme reste toujours profondément romantique,si elle adore les mots d'amour tendres, elle apprécie tout autant les mots sulfureux, ceux qui crient le désir, ceux que la passion dicte: tous ces mots qui parlent du bouleversement des sens, de l'animalité, de l'instinct car ils sont pulsion de vie...
Entre guimauve et alcools forts, tout le registre de l'amour et ce serait trahir la puissance, la richesse et l'amplitude de ce sentiment amoureux en le limitant aux purs aspects conventionnels de la bienséance...
Bien sûr tout est affaire de moment et de lieu mais l'incroyable pouvoir aphrodisiaque des mots est peut être encore plus fort lorsque ces mots non édulcorés sont susurrés dans un environnement très "collet monté" ... un peu comme le fait de découvrir sous le tailleur chic et élégant des dessous affriolants...J'adore cette espèce de " choc thermique" !
Merci Valmont de rendre compte de cette anthologie de Marcel Béalu : je la rajoute illico à ma liste pour le père Noël!
Baisers non conventionnels lol!
Elise
E&M
Merci Elise de ta chronique régulière ici, toujours aussi délicieuse et complémentaire... Il est parfaitement vrai que le pouvoir des mots est puissant, et que la façon de les utiliser l'est tout autant. D'ailleurs finalement en versets courts ou longs, ne seont-ils pas employés par plus ou moins tout le monde avant, pendant ou après l'amour et/ou le plaisir...
Baisers non conventionnels et agrémentés de mots audacieux susurrés en "choc thermique".
bien beau site valmont.
Belami
(http://cadavresexquiz.canalblog.com/)
Cher Valmont,
A notre époque, c'est difficile d' apprendre aux enfants la différence entre le porno et l'érotisme. Toute la société bascule dans une image dont il est difficile de ne pas s'associer. Trop cru, trop sexe, trop sex.com !
Avec ton article plein d'anectotes intéressantes, j'ai de quoi leur expliquer la différence.
Un peu de grâce dans ce monde de brutes. Merci.
bisoux de l'enfer (rire)
Bonsoir Valmont,
J'aime l'érotisme, la sensualité dans les mots, dans les gestes, les sensations qui font "travailler" (développer, libérer) notre imagination..
@ Balami : merci de cette visite et du compliment.
@ Choupa et Choup : c'est vrai, difficile pour les jeunes adultes concernés de s'y retrouver aujourd'hui dans la jungle des médias et la représentativité de l'érotisme face à l'avalanche de pornographie... Certes ils sont grands, mais cela peut fausser l'image est c'est dommage... Si l'on peut les aider à faire cette différence, et à "mettre en garde" les plus jeunes le moment venu, c'est bien !
@ Kattig : alors nous avon sun point commun.
Bises libertines.
Bonsoir,
Je connaissais Marcel Béalu pour avoir analysé un de ses recueils de contes dont la sublime et cruelle "Araignée d'eau"... moins sous cet aspect. J'espère grâce à vous pallier ce manque. Bien à vous et merci... pour tout. Sourires.
Merci Cara je vois que vos "classiques" sont de Qualité, ce dont je ne doutais jamais en vous lisant... Bises libertines.
Bonsoir,
Je suis heureuse d'être passée par chez vous, j'ai lu et découvert beaucoup de choses intéressantes.
Je repasserais certainement...
Merci.
@ Papillon : merci, j'ai bien aimé sur votre site "Punition" et "Libertine", dommage qu'on ne peut pas commenter ?
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